Maître Puntila et son valet Matti

De Brecht, je connaissais surtout L’Opéra de Quat’ Sous (mis en musique par Kurt Weill). Depuis peu, je lis ses pièces, en attendant, je l’espère, de les voir sur scène.

Bertolt Brecht

Bertolt Brecht, tout sauf démodé.

Je viens de finir, comme toujours avec regret chaque fois que c’est un bon texte, Maître Puntila et son Valet Matti. Il y est question d’un propriétaire terrien riche qui est aussi généreux quand il a un coup dans le nez qu’intraitable sitôt qu’il a dessoulé. Autour lui, domestiques, notables locaux et fiancées potentielles sont ballottés entre espoir et désespoir, entre joie et colère, selon le taux d’alcoolémie de Puntila.

Seul son chauffeur et valet Matti garde ses distances, dit amen à son chef chaque fois que ça l’arrange, accepte puis se laisse reprendre ses cadeaux, et se paie le luxe de refuser la propre fille du maître, au motif que la jeune bourgeoise ferait une mauvaise paysanne.

Si vous pensez que Brecht sent la naphtaline, à l’image de l’Expressionnisme allemand de l’Entre-Deux Guerres, lisez-le et vous découvrirez un homme pas seulement engagé, mais malin, drôle et terriblement efficace. Je pense à Bob Dylan en terminant cet article.

Père, d’August Strindberg

August Strindberg

« Père » met en scène une femme qui, aimant l’enfant en son mari, a l’impression de commettre un inceste, chaque fois qu’elle fait l’amour avec lui. Celui-ci, chef dans l’armée, obéit chez lui à cette femme surnaturelle, « parée de tous les dons ».

Comme dans « Le Pélican », les relations de couple et parents/enfants sont désastreuses : incompréhension entre l’homme enfant sevré d’amour maternel et la femme monopolisant l’amour de sa fille ; doute obsessionnel de l’homme quant à sa possible non paternité.

Le monde supposé rationnel de l’homme s’oppose à celui magique de la femme en une guerre fatale. Amour, pitié, haine, violence, tout est présent et s’entrechoque.

C’est beau, ça brûle et je me jette avec eux dans la bataille.

Un fil à la patte, en direct sur France 2

Florence Viala (Lucette) et Hervé Pierre (Bois d'Enghien)

Amateur de Feydeau, j’étais curieux de découvrir la version du Fil à la Patte retransmise en direct de la Comédie française, et mise en scène par Jérôme Deschamps.

Après un moment de panique – comment oserai-je, un jour, jouer ces monuments, après avoir vu une telle énergie et de tels talents ? – je me suis laissé emporter par le torrent de l’action et des rebondissements. On se serait cru dans un film de Charlot ou dans les dessins animés de Tex Avery !

Florence Viala, Christian Hecq (quelle folie !) Hervé Pierre, Thierry Hancisse, Dominique Constanza, Céline Samie… il faudrait tous les citer. Merci à France 2 et chapeau, les artistes !

Des vies infinies

Au théâtre, je fais comme Alice au Pays des merveilles :  je traverse les miroirs. Avec, de l’autre côté, un nombre infini de vies, dans un nombre infini de mondes, avec un nombre infini de partenaires, à un nombre infini d’époques.

Le jeu consiste à recréer-retrouver l’autre-l’ami, à partir de ce qu’on est parvenu à acquérir par son expérience, ses succès, ses blessures, ses lectures et ses rencontres.

Le paradoxe sur le comédien, de Diderot (Google livres)

Gutenberg & Gutenberg

Gutenberg

Le site Gutenberg.org est une source de connaissances précieuse et j’y flâne régulièrement, à la recherche d’auteurs  inconnus.

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une pièce de théâtre intitulée « Gutenberg », comme le site – et, bien sûr – conçue autour de la vie de l’inventeur de l’imprimerie. Je l’ai téléchargée au format de poche ePub et l’ai lue, en quelques jours, sur mon livre électronique.

Cette pièce historique en 5 actes et 8 tableaux a été représentée pour la première fois à Strasbourg, le 8 février 1886. Jamais je n’avais eu conscience de la révolution qu’a représentée cette invention, à la fin du XVe siècle. A l’époque, un livre valait une fortune et le métier de copiste était très répandu. L’imprimerie a bouleversé l’ordre établi, y compris sur un plan religieux, où Gutenberg a été accusé de travailler pour le diable.

Je vous conseille de lire cette pièce. L’exercice n’a rien de rébarbatif et on l’on se prend à « marcher » dans le suspense et les rebondissements. Profitez-en pour découvrir l’auteur, Louis Figuier, grand vulgarisateur scientifique de la seconde moitié du XIXe siècle.

Télécharger la pièce Gutenberg (gutenberg.org)
Biographie de Louis Figuier (Wikipédia)

Strindberg au théâtre du Nord-Ouest

Je viens de voir, à Paris, « Le Pélican », du Suédois August Strindberg.

C’était au Théâtre du Nord-Ouest, situé rue Faubourg Montmartre, dans le IXe, métro « Grands boulevards », tout près du musée Grévin. L’endroit est modeste et comporte deux salles. On y joue des pièces de Sartre, Camus, Vercors et beaucoup de Strindberg.

La scène du Pélican occupait presque toute notre salle. Nous étions assis au même niveau que les comédiens et ceux-ci étaient si près de nous que nous aurions pu les toucher. J’ai noté, dans la mise en scène et dans les décors, l’importance du silence, du son, de la lumière et de tout ce qui n’est pas verbal.

Les comédiens ne m’étaient pas connus, mais j’ai aimé la qualité de leur travail et j’espère jouer, un jour, une telle pièce. Seule critique : une mauvaise articulation dans les « emportements ». J’ai eu la chance de discuter avec certains d’entre eux. Une spectatrice et moi sommes restés longtemps « suspendus », après la fin de la pièce, retardant au maximum le moment de quitter ce lieu magique.

La Sauvage, de Jean Anouilh

J’achève la lecture de La Sauvage, pièce de Jean Anouilh.

J’avais déjà lu Les Poissons Rouges, Antigone, Le Voyageur sans Bagages et Le Bal des Voleurs, mais La Sauvage est ma préférée.

Le combat de la jeune Thérèse contre le malheur, la misère et la médiocrité m’a touché au plus profond de moi-même. Je me reconnais partout dans cette pièce, entre des riches qui vivent entre eux et des pauvres avides de ramasser les miettes du festin ; entre ceux qui travaillent pour l’argent de poche et ceux qui s’enivrent pour noyer leur démission de la vie.

Chez Anouilh, la misère n’est pas noble et ceux qui s’en contentent méritent qu’on les fuie comme la peste. « Salauds de pauvres », aurait-il pu dire, comme Jean Gabin dans le film de Claude Autant-Lara La traversée de Paris.