Les Marx Brothers sont Love Happy

Découvert un film tardif des Marx Brothers « Love Happy » (1949). Ce film a des accents de comédie musicale avec de très belles scènes dansées et chantées.

Love-Happy-Affiche
Amour, danse et poésie… avec la joyeuse folie des frères Marx.

On y voit de très jolies femmes avec une première apparition de Marylin Monroe chez le détective Groucho Marx pour lui demander de la protéger contre « des hommes qui n’arrêtent pas de la suivre ». On imagine le zèle du détective !

On y suit une chasse au trésor, ici un collier de perles précieuses caché dans une boîte de sardines (oui, mais laquelle ?) avec une beauté fatale hongroise (Ilona Massey) et des hommes de main inquiétants, parmi lesquels le tout jeune et déjà baraqué Raymond Burr, qui passent à tabac le pauvre Harpo, lequel se retrouve même à tourner dans une machine à laver, tout ça pour l’obliger à parler !!

La jeune Marylin, pas encore créditée sur les affiches.
La toute jeune Marylin, pas encore créditée sur l’affiche.

Chico est excellent, comme lorsqu’il accompagne au piano l’huissier violoniste venu saisir les décors et costumes de la comédie musicale hélas sans moyens. On n’oublie pas non plus le chat soupçonné d’avoir mangé les perles en même temps que les sardines, et donc kidnappé par les méchants.

Au résultat, un film délicieux bien que peu connu en France, car les frères Marx avaient pris de l’âge et n’étaient plus à la mode. Mais la magie, la poésie et l’efficacité sont toujours là.

Publicités

L’iceberg, un film qui fait chaud au cœur

Je viens de découvrir sur TV5 Monde « L’iceberg », film belge de 2004, de et avec Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy. C’est l’histoire d’une mère de famillle traumatisée après une nuit coincée dans une chambre froide à son boulot, et dont le rêve devient de voguer vers le Pôle Nord pour s’installer sur un iceberg.

Un film pour les adultes qui ont gardé leurs rêves d’enfants.

C’est beau, c’est poétique, touchant, burlesque. On pense à Buster Keaton, à Pierre Étaix, à un film muet moderne. Grand bonheur à découvrir cette famille qui fonctionnait machinalement et qui, du coup, explose en un joli feu d’artifice. C’est du cinéma qui prend son temps, qui caresse chaque visage, jeune ou vieux.

Bruno Romy, Fiona Gordon et Dominique Abel.

Les personnages, tout cabossés qu’ils soient, acquièrent par la magie du scénario et des acteurs une beauté qui transcende les canons esthétiques conventionnels. Ah, quand Fiona sort du bateau où elle vient de faire intimement connaissance avec le marin, on la voit, de loin, danser sur la grève et balancer ses godasses, son sac en l’air. Quel pied elle a dû prendre et comme on aimerait être à sa place !…

En savoir (un peu) plus sur L’Iceberg (Wikipedia)

Le cottage enchanté (1945)

Ce film de John Cromwell pourrait s’appeler « Les yeux de l’amour ».

Un homme jeune, défiguré à la suite d’une blessure de guerre, se renferme dans un vieux cottage de la Nouvelle Angleterre. Il y rencontre et épouse une jeune femme laide, très éprise de lui. Leur union semble une mascarade mais un miracle se produit. Est-ce l’atmosphère des lieux ? tous deux se trouvent soudain beaux. Naît un amour pur, enchanté par la musique et un familier des lieux, lui-même ancien militaire devenu aveugle au cours de la guerre de 14.

Sorti en 1945, The Enchanted Cottage avait sans doute pour mission d’aider les Américains moyens eux-mêmes esquintés par la guerre de 40 à retrouver une place chez eux, auprès de leurs épouses. Mais Il est beaucoup plus : la poésie et la profondeur des sentiments, l’approche douce de la vie sont si bienfaisantes qu’elles nous touchent encore aujourd’hui.

Les acteurs : Robert Young (Papa a toujours raison), Dorothy McGuire, Herbert Marshall et Mildred Natwick sont touchants. On ressort meilleur, rasséréné.

Two-lane Blacktop (1971)

Un road-movie a priori jamais
sorti en France.

Enfin, je l’ai vu, ce film-culte de Monte Hellman, sorte de road-movie sans folklore, où des accros du 400 mètres départ arrêté se tirent la bourre pour gagner le fric nécessaire à l’entretien de leur Chevy 55, et accessoirement pour crouter et dormir.

Au volant et à la clé à molette, deux stars du folk et du surf : James Taylor (au regard inquiétant) et surtout Dennis Wilson, ex-batteur des Beach Boys, ces « garçons de la plage » dont le tyrannique paternel vendait lui-même des voitures.

Pour quelqu’un qui n’aime pas le rugissement du V8, le temps parait long. Personnellement, je me suis régalé en me rappelant mes journées passées dans les garages et les casses sentant bon l’essence et l’huile sale.

À côté des rockers cités plus haut, deux personnages aussi déjantés qu’attachants ajoutent un soupçon d’intrigue au film : Laurie Bird en hippie squatteuse de Pontiac et Warren Oates, fabuleux en vieux beau persuadé d’avoir la meilleure GT du monde et refaisant sa biographie avec chaque auto-stoppeur embarqué.

« Macadam à eux voies » (traduction française du titre) me fait penser au documentaire de la même époque, « Continental Circus », consacré au monde des coureurs de grand prix moto. On y retrouve l’absurdité apparente des gens qui vivent à fond leur passion de la mécanique.

Elle voulait faire du cinéma

Marc Andréoni (?), Christine Pascal et Hubert Saint-Macary

Film de Caroline Huppert (1983) tiré de la vie d’Alice Guy-Blaché, première femme française – et probablement du monde – à avoir écrit et réalisé des films, au tout début du XXe siècle.

Les comédiens sont excellents : André Dussolier, Francis Lemaire, Rosy Varte, Roland Blanche, Roland Amstutz, Tonie Marshall, Robin Renucci, Brigitte Roüan…

Christine Pascal, dans le rôle d’Alice, brille comme une étoile au firmament.

Yoyo, de Pierre Étaix

Je découvre , presque 50 ans après sa sortie, ce film bloqué pour des raisons juridiques et dont le réalisateur, Pierre Étaix, a enfin récupéré les droits.

Si j’avais vu Yoyo, quand j’avais vingt ans, je serais peut-être devenu scénariste. Voilà du cinéma qui donne envie. Rien de stupide ni de vulgaire, pas d’extravagance, juste une contorsion du réel, comme les gymnastes chinoises savent le faire.

Avec le clown Yoyo, l’éléphant s’invite à la maison et le couloir de l’hôtel débouche dans le chapiteau du cirque. On est dans le monde des saltimbanques, des musiciens, des chiens et des lapins savants. On fait la route buissonnière au rythme des places du village visitées par la grande ou la petite caravane.

Plein de clins d’œil, au passage : les personnages de l’Angélus de Millet, Charlie Chaplin et des films comme Certains l’aiment chaud ou La Strada. Bonheur, générosité, tout est en finesse, sur un fil. Merci à la chaîne Ciné-Cinéma Classic. Par la magie de Pierre Étaix, on s’élève au-dessus des toits gris et l’on voit loin, jusqu’à la mer.

(re)Découvrir Pierre Étaix (Wikipedia)

À vos caisses !

Antoine (Arnaud Ducret) et Marie-Jo (Léa Drucker) dans "A vos caisses !"

Le bonheur, c’est parfois simple comme un téléfilm.
Celui de Pierre Isoard qui vient de passer sur France 3 s’en approche de très près.

Antoine, le nouveau gérant d’un petit supermarché (Arnaud Ducret), décide de s’inscrire à la chorale. Manque de pot, « Peau de couilles » y retrouve deux de ses salariées, dont Marie-Jo (Léa Drucker), obligée de prendre la suite du chef de chœur (Luis Rego), au pied levé. D’employée, la voilà chef de son chef !

Un téléfilm comme un autre ? Pas du tout. Il y a, dans « À vos caisses », une magie qui fait que ça marche, que c’est enlevé du début à la fin, sans mièvrerie, avec du suspense, de la vraie vie (pas marrant, le travail dans un Magic Market…) et de la vie tout court.

Quand on voit ces gens coincés, méchants ou aigris se bonifier les uns au contact des autres et par la grâce de la musique, on se dit qu’il reste un espoir, et on a envie de s’éclater avec eux. Réalisateur, scénariste, dialoguiste et comédiens, tous sont parfaits.

Le meilleur des mondes selon Godard

Je viens de revoir Alphaville, de Jean-Luc Godard, avec Anna Karina et Eddie Constantine.

Ce film, sorti en 1965, constitue une étrange anticipation de la société contemporaine, où les guerres se gagnent, non plus par la force physique et militaire, mais par la supériorité supposée des esprits. Ceci au prix de la disparition de toute humanité chez les gens. Malheur à ceux qui ne se coulent pas dans le moule de la sainte logique. La bible, ouvrage omniprésent (le seul ?) consiste en un dictionnaire des mots acceptés. Chaque mois, des mots sont supprimés, comme tendresse, pleurer, conscience.

Dans ce monde fou, Lemmy Caution (Eddie Constantine), agent secret des pays extérieurs, a pour mission de ramener le savant von Braun (un hasard ?), le cerveau d’Alphaville. Sa fille Natasha (Anna Karina), vêtue de noir, tangue entre son attirance pour Caution et son incapacité à comprendre ce qui lui arrive : « Je ressens des choses, mais je n’ai pas les mots ».

Ce film  de Godard se mérite. En apparence absurde et d’une approche mal aisée, il  découvre ses richesses au fur et à mesure. Il y a les messages qui sont dits et tous les autres, à travers l’ambiance, les odeurs de pays de l’Est, la froideur des ordinateurs, l’absence de couleur et la lumière du jour remplacée par des néons. Eddie Constantine y est évident et Anna Karina, un hymne à la vie malgré tout, malgré tous.

Je n’avais pas revu Alphaville depuis sa sortie. C’était dans un cinéma de quartier, rue Jeanne-d’Arc, près de la place de la Croix de Bourgogne, à Nancy. J’avais 14 ans et j’étais venu avec l’idée de voir un film de gangsters. Je n’avais sans doute pas compris grand chose, mais il m’en est resté un souvenir extraordinaire, comme si j’avais aperçu un Ovni dans le ciel.

Alphaville, de Jean-Luc Godard (Wikipedia)

Aller retour (The Gilded Lily)

Fred MacMurray et Claudette Colbert

Film américain de Wesley Ruggles (1935), avec Ray Milland, Fred MacMurray et Claudette Colbert.

Comment une jeune sténo-dactylo devient une vedette à la suite d’un amour contrarié, managée par un mangeur de pop-corn lui-même amoureux d’elle.

Les acteurs sont formidables et Claudette Colbert est non seulement belle, mais marrante, futée, géniale. On pense à Julie Andrews et Shirley MacLaine.

La société de consommation est épinglée. « La com, y a que ça de vrai » et l’héroïne s’en servira à son profit.

Musique de jazz cool, tourbillon de bonheur, sentiment de paradis perdu. Quelle chance ils avaient, les Ricains, à l’époque : Greta Garbo, Katherine Hepburn, Carole Lombard, Claudette Colbert !…

The Gilded Lily – Wikipedia (en)